La réforme des heures creuses engagée depuis novembre 2025 repose sur le cadre tarifaire TURPE 7 défini par la CRE, pas sur une décision commerciale d’EDF. Cette distinction change la lecture du sujet : les plages horaires sont fixées par Enedis selon des contraintes réseau et de production, et aucun fournisseur ne peut les modifier à la carte. Reste à mesurer ce que ce basculement produit concrètement sur la facture.
TURPE 7 et rôle de la CRE : le mécanisme derrière les nouveaux horaires heures creuses
Les articles grand public présentent la réforme comme un simple décalage d’horaires. Le déclencheur réel est la révision du tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE 7), validée par la Commission de régulation de l’énergie. Ce cadre impose un modèle « nuit + milieu de journée » pour les huit heures creuses quotidiennes.
Concrètement, la CRE a fixé deux contraintes structurantes :
- Au moins cinq heures consécutives la nuit, positionnées entre 23 h et 7 h, pour absorber la demande résiduelle nocturne (chauffage, cumulus).
- Jusqu’à trois heures supplémentaires en milieu de journée, typiquement entre 11 h et 17 h, pour capter le surplus de production solaire injecté sur le réseau.
- Le total reste plafonné à huit heures creuses par jour, comme avant la réforme.
Le solaire photovoltaïque produit massivement entre 11 h et 15 h, période où le réseau était historiquement en heures pleines. Maintenir un tarif élevé sur ce créneau revenait à décourager la consommation au moment précis où l’électricité était la plus abondante et la moins carbonée. TURPE 7 corrige cette incohérence.

Calendrier de déploiement EDF et impact selon votre profil Linky
Le déploiement s’organise en deux vagues distinctes, conditionnées par la présence d’un compteur Linky communicant.
La phase 1 concerne environ 1,7 million de foyers, ceux qui disposaient déjà de créneaux diurnes avant la réforme. Leurs plages ont été réajustées entre novembre 2025 et juin 2026. Pour ces abonnés, le changement a pu passer inaperçu si leurs créneaux d’après-midi étaient déjà proches de la fenêtre 11 h – 17 h.
La phase 2, programmée entre décembre 2026 et octobre 2027, touche un volume bien plus large : environ 9,3 millions de foyers supplémentaires. Ce sont principalement des abonnés dont les huit heures creuses étaient jusqu’ici concentrées la nuit. Ils verront une partie de leurs créneaux basculer en journée.
Sans compteur Linky, le basculement est techniquement impossible. Enedis doit pouvoir piloter à distance le signal tarifaire pour activer les plages diurnes. Les foyers encore équipés d’un ancien compteur restent sur l’ancien découpage jusqu’à remplacement.
Heures creuses en journée : effet réel sur la facture d’électricité
L’ajout de créneaux diurnes ne garantit pas automatiquement une baisse de facture. Nous observons deux cas de figure opposés.
Profils gagnants : consommation flexible en journée
Les foyers avec un ballon d’eau chaude programmable, un véhicule électrique rechargé à domicile ou des équipements de type lave-linge et sèche-linge utilisés en journée tirent un avantage direct de la fenêtre 11 h – 17 h. Le prix du kWh en heures creuses reste inférieur à celui des heures pleines, et décaler ces usages vers le créneau solaire réduit la part facturée au tarif plein.
Un chauffe-eau programmé pour se relancer entre 12 h et 15 h, en complément du cycle nocturne, absorbe le surplus solaire sans surcoût. C’est le scénario cible de la réforme.
Profils perdants : heures creuses nocturnes réduites
Le total restant à huit heures, chaque heure gagnée en journée est une heure retirée la nuit. Un foyer dont le cumulus ou le chauffage électrique fonctionnait sur une plage nocturne étendue (21 h – 5 h par exemple) peut se retrouver avec seulement cinq heures consécutives la nuit.
Si le cycle de chauffe du ballon nécessite plus de cinq heures (cas fréquent avec un ballon de 200 litres ou plus dans un foyer de quatre personnes), une partie de la consommation déborde sur les heures pleines. La facture augmente alors mécaniquement sans changement de comportement.

Reprogrammer ses équipements : contacteur et pilotage Linky
Le contacteur heures creuses reste la pièce centrale du dispositif. C’est lui qui reçoit le signal Enedis et bascule le chauffe-eau ou le circuit dédié en mode automatique. Avec les nouveaux horaires, il faut vérifier deux points techniques.
Le contacteur doit reconnaître les deux fenêtres distinctes (nuit et journée) transmises par Linky. Les modèles récents gèrent ce double signal sans intervention. Les contacteurs plus anciens, pilotés par un signal à 175 Hz, peuvent ne déclencher que la plage nocturne. Un électricien peut confirmer la compatibilité en quelques minutes.
Pour les équipements non raccordés au contacteur (lave-linge, sèche-linge, lave-vaisselle), nous recommandons l’usage de la fonction « départ différé » calée sur le début de la plage diurne. Les prises connectées permettent un suivi de consommation en temps réel, mais elles ne mesurent pas la part réellement facturée en heures creuses : seul le relevé Linky fait foi.
Rentabilité de l’option heures creuses EDF après la réforme
La question de fond reste la même qu’avant : l’option heures creuses n’est rentable que si une proportion suffisante de la consommation totale tombe effectivement dans les plages à tarif réduit. L’abonnement en option heures creuses coûte plus cher que l’option base, et le tarif des heures pleines est supérieur au tarif base.
Avec les nouveaux horaires, le seuil de rentabilité dépend de la capacité du foyer à exploiter les deux fenêtres. Un foyer qui ne consomme en heures creuses que la nuit, sur cinq heures au lieu de huit, voit son ratio heures creuses / consommation totale chuter. En dessous d’un certain seuil, revenir à l’option base devient plus avantageux.
Le suivi via l’espace client EDF ou l’application Enedis permet de comparer mois par mois la répartition heures creuses / heures pleines. Nous recommandons de laisser tourner au moins deux cycles de facturation complets après le basculement avant de tirer des conclusions. Les premières semaines génèrent souvent un décalage lié au temps d’adaptation des programmations.
La réforme TURPE 7 aligne les heures creuses sur la réalité physique du réseau. Pour les foyers capables de répartir leur consommation sur deux créneaux, le gain potentiel augmente. Pour ceux dont les usages restent concentrés la nuit, la vigilance sur la durée réelle de la plage nocturne est le premier réflexe à avoir.

