Une société soumise à l’impôt sur les sociétés pour la première fois ne dispose d’aucun exercice de référence pour calculer ses acomptes d’IS. Cette absence de base historique change la logique de calcul : il faut raisonner sur un résultat prévisionnel, pas attendre la liquidation annuelle.
Acompte IS du premier exercice : pourquoi le calcul diffère
Le mécanisme normal des acomptes d’IS repose sur l’article 1668 du code général des impôts. Chaque acompte trimestriel correspond à une fraction de l’IS payé au titre de l’exercice précédent, appelé impôt de référence.
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Lors d’un premier exercice, cet impôt de référence n’existe pas. La société n’a jamais déposé de liasse fiscale, jamais généré de résultat imposable. Le système de calcul classique (fractionner l’IS antérieur en quatre versements) tombe à plat.
Le réflexe à adopter consiste à estimer le résultat prévisionnel de l’exercice en cours pour déterminer si un versement volontaire s’impose. Attendre la clôture sans rien verser expose à une régularisation lourde, assortie de pénalités de retard.
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Résultat prévisionnel : la base de calcul quand il n’y a pas d’antériorité fiscale
En l’absence d’IS de référence, la société doit construire elle-même sa base de calcul. Concrètement, cela suppose d’établir un budget prévisionnel fiable avant la première échéance d’acompte.
Ce que le prévisionnel doit intégrer
- Le chiffre d’affaires réalisé ou raisonnablement attendu sur la période, rapporté à la durée réelle de l’exercice (qui peut être inférieure ou supérieure à douze mois)
- Les charges déductibles engagées ou certaines, y compris les amortissements et provisions justifiées
- Le taux d’IS applicable à la tranche de résultat concernée, en tenant compte du taux réduit réservé aux PME sur la première fraction de bénéfice
- Les éventuels crédits d’impôt (crédit d’impôt recherche, par exemple) qui viendront réduire l’IS final
Le résultat fiscal estimé sert ensuite à calculer un IS théorique. Chaque acompte représente un quart de cet IS théorique. Si l’exercice ne couvre pas douze mois, le montant est proratisé.

Calendrier des acomptes IS et premier exercice décalé
Les acomptes d’IS sont dus aux échéances suivantes : le 15 du troisième, du sixième, du neuvième et du douzième mois suivant l’ouverture de l’exercice. Pour un exercice calé sur l’année civile, cela donne les 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre.
Un premier exercice peut durer moins de douze mois, ou davantage. La durée réelle de l’exercice détermine le nombre d’échéances d’acompte. Un exercice de six mois ne génère que deux échéances d’acompte, pas quatre.
Premier acompte : le moment où tout se joue
C’est au premier acompte que le piège se referme sur les sociétés nouvelles. Sans impôt de référence, certaines ne versent rien, pensant être dispensées. La dispense de versement d’acompte prévue par le CGI concerne les sociétés dont l’IS de l’exercice précédent est inférieur à un certain seuil. Mais cette dispense vise les sociétés ayant un exercice antérieur, pas celles qui n’en ont aucun.
Le premier acompte doit donc être calculé et versé volontairement. Sous-estimer le résultat pour limiter le décaissement revient à prendre un risque de majoration.
Moduler l’acompte IS : marge de manœuvre et limites
La modulation des acomptes est autorisée par l’administration fiscale. Une société peut réduire un acompte si elle estime que le montant déjà versé couvre l’IS qui sera finalement dû. Cette possibilité s’applique aussi au premier exercice.
La modulation repose sur une logique simple : le total des acomptes versés ne doit pas être inférieur à l’IS réel. Si la société minore ses acomptes et que l’IS final dépasse la somme versée, l’administration applique une majoration sur la différence.
Pour une société en premier exercice, la modulation demande un suivi comptable rapproché. La comptabilité doit être à jour mois par mois pour ajuster le tir à chaque échéance trimestrielle.
Intégration fiscale : un cas à part
En intégration fiscale, l’entrée d’une filiale dans un groupe ne permet pas de moduler les acomptes selon le résultat d’ensemble anticipé. Selon la doctrine administrative (BOFiP), l’acompte de la filiale entrante reste calculé sur son résultat individuel. Le fait que le groupe anticipe un résultat consolidé faible ou déficitaire ne change rien aux obligations de la filiale prise isolément.

Solde d’IS et régularisation après le premier exercice
Le solde d’IS est versé au plus tard le 15 du quatrième mois suivant la clôture de l’exercice. Pour un exercice clos au 31 décembre, la date limite tombe au 15 avril de l’année suivante (au 15 mai pour les exercices clos au 31 décembre des sociétés bénéficiant du délai supplémentaire).
À ce stade, la société confronte ses acomptes versés à l’IS réellement dû. Trois scénarios se présentent :
- Les acomptes couvrent l’IS : la société verse le complément éventuel avec le relevé de solde
- Les acomptes excèdent l’IS : la société dispose d’un crédit d’impôt imputable ou remboursable
- Aucun acompte n’a été versé : la totalité de l’IS est due au solde, majorée des intérêts de retard
Le troisième scénario est le plus coûteux. Les intérêts de retard courent depuis chaque échéance d’acompte manquée, pas uniquement depuis la date du solde.
Déclaration et obligations pratiques pour le premier exercice IS
Le versement des acomptes s’effectue via le relevé d’acompte n° 2571 sur l’espace professionnel du site impots.gouv.fr. Chaque acompte fait l’objet d’un relevé distinct. Le solde est déclaré sur le relevé n° 2572.
Pour le premier exercice, la société doit créer son espace fiscal en ligne dès son immatriculation. Le délai entre l’immatriculation et la première échéance d’acompte est parfois court, surtout si l’exercice débute en milieu d’année.
Le réflexe le plus fiable reste de caler un prévisionnel dès le premier mois d’activité et de le confronter à la réalité comptable avant chaque échéance trimestrielle. Un écart entre le prévisionnel initial et les résultats réels doit conduire à ajuster l’acompte suivant, pas à reporter le problème au solde.

