564 euros bruts pour représenter un village, 5 600 euros bruts pour gérer une métropole : la loi française ne fait pas mystère des écarts de traitement entre maires. Pourtant, derrière les chiffres officiels, le vrai montant sur le bulletin de paie réserve bien des surprises.
Des exonérations fiscales partielles existent, mais elles ne concernent qu’une fraction de l’indemnité et sont soumises à conditions. Les adjoints et conseillers municipaux bénéficient d’un régime différent, avec des plafonds distincts et des règles de cumul spécifiques.
Comprendre les indemnités des maires et élus locaux : montants, critères et écarts selon la taille des communes
La question du salaire du maire ne se règle jamais sur un coin de table. Un barème précis, inscrit dans la loi, fixe la rémunération selon la population communale. Plus la ville est grande, plus le chiffre grimpe. À l’autre bout du spectre, dans les villages de moins de 500 habitants, l’indemnité ne permet guère de vivre. À Paris, Lyon ou Marseille, elle tutoie les plafonds les plus élevés, mais n’échappe jamais au contrôle du conseil municipal, seul habilité à voter une majoration, avec un plafond à ne pas franchir.
Pour donner un aperçu concret des montants, voici les plafonds bruts mensuels actuellement en vigueur :
- Moins de 500 habitants : 991,80 euros bruts
- 1 000 à 3 499 habitants : 1 672,44 euros bruts
- 10 000 à 19 999 habitants : 2 670,46 euros bruts
- 100 000 à 199 999 habitants : 5 256,55 euros bruts
- Plus de 200 000 habitants : 5 612,31 euros bruts
Les adjoints et conseillers municipaux n’accèdent pas aux mêmes grilles : leur indemnité, calculée à part, reste nettement inférieure, même dans les grandes agglomérations. La taille de la commune, la présence de mandats supplémentaires, ou encore des responsabilités spécifiques modifient parfois la donne, mais l’écart avec la rémunération du maire demeure marqué. Cette indemnité n’a jamais vocation à rivaliser avec les salaires du privé : elle compense avant tout le temps et la disponibilité exigés par la fonction d’élu local.
Certains dispositifs, comme la dotation de solidarité urbaine ou rurale, reviennent régulièrement dans le débat public. Malgré leur impact budgétaire sur les collectivités, ils n’entrent pas dans le calcul des indemnités des élus. Leur but ? Soutenir les villes les plus exposées aux difficultés sociales, non pas gonfler le revenu de leurs maires.
Net, brut, plafonds et fiscalité : ce que perçoivent réellement les maires et les implications pour leur revenu
Le chiffre brut annoncé par la loi n’atterrit jamais tel quel sur le compte du maire. Entre cotisations retraite, CSG, CRDS et autres prélèvements, le montant net fond rapidement. Typiquement, une indemnité brute d’environ 2 000 euros se transforme, après déductions, en un revenu mensuel de 1 300 à 1 400 euros. Cet écart ne relève pas d’un traitement particulier : les élus locaux sont imposés selon les mêmes règles que le reste des contribuables, à une nuance près.
En pratique, une fraction représentative de frais d’emploi (FRFE) permet d’écarter une partie de l’indemnité du calcul de l’impôt sur le revenu. En 2024, ce plafond atteint 661,20 euros par mois, sous réserve de conditions précises. Il s’agit de prendre en compte les frais engagés par l’élu, rarement couverts par la commune. Au-delà, la portion restante s’additionne aux autres revenus du foyer et subit la progressivité de l’impôt, comme pour tout salarié.
Pour les maires qui cumulent plusieurs mandats locaux, la règle est stricte : le total des indemnités ne doit pas dépasser le plafond légal de 8 835,84 euros bruts mensuels (2024). En cas de dépassement, la réduction est automatique, aucun arrangement possible. Quant à la retraite, l’indemnité de fonction génère des droits, mais selon des modalités propres à la fonction publique territoriale, éloignées de celles du secteur privé.
Ce débat sur les rémunérations des élus locaux revient régulièrement sur le devant de la scène, que l’on parle de Bordeaux, Paris ou d’un bourg rural. Transparence du net perçu, impôt, plafonds de cumul : ces questions pèsent sur l’attractivité du mandat et sur la capacité à renouveler la classe politique locale. Au fond, combien d’hommes et de femmes s’engageraient à plein temps pour diriger une ville si le jeu ne valait pas l’investissement ? Le chiffre brut est public, mais la réalité du bulletin de paie reste, elle, bien plus nuancée.


